Grève du 10 octobre

Aujourd’hui, j’ai fait grève. Forcément, en tant que prof, ça fait un peu stéréotypé. C’est limite une habitude, à chaque rentrée, ce qui fait que plus grand monde ne s’intéresse vraiment à la raison qui nous pousse à faire grève. J’ai entendu des gens dire qu’on « faisait grève pour faire la grève », comme si c’était notre petite plaisir de début d’année.

La grève, c’est un peu notre dernière arme pour défendre l’école que les gouvernements successifs semblent vouloir mettre à sac. Une arme peu efficace, si l’on en croit ces dernières années de lutte.

En 2015 et 2016, les profs faisaient surtout grève contre la réforme du collège. Une réforme très décriée, que le gouvernement a imposé sans réelle concertation, et à la va-vite, ce qui a mené à une année très pénible où les enseignants étaient dans le flou complet, à ne pas vraiment savoir ce qu’ils étaient censés faire.

En cette rentrée 2017, une union des fonctionnaires, que ce soit de la santé, de la police, des transporles profs (et fonctionnaires de la santé, de la police, etc) manifeste contre les suppressions de poste et le gel des salaires que le gouvernement a annoncé.

Le gel des salaires, c’est le fait que ton salaire ne bouge pas d’un centime, tandis que ton loyer, tes assurances, le prix de l’essence, de l’électricité, de la nourriture etc augmente. En gros, tu perds, plus les années passent, et plus tu te fais avoir sans réellement t’en rendre compte.

En salle des profs, la semaine dernière, on s’est demandés qui voulait faire grève. Chacun avait une raison de ne pas y aller : un sacrifice de 70 à 100€ dans le salaire qui n’est pas possible pour tout le monde, ou bien le fait que ce mardi 10 octobre, il y avait telle sortie au musée qui était prévue, et se porter gréviste empêcherait les élèves d’y aller, ou bien cette réunion parents-profs le soir, ça serait dommage de la rater, tout de même… Mais je crois bien que toutes ces raisons, qui sont en soi de très bonnes raisons d’hésiter, par ailleurs, masquent une certaine résignation. A quoi bon être gréviste et manifester quand on voit à quel point on se fait ignorer ? Il y a peut-être eu une époque où l’on sentait qu’un mouvement de grève puissant pouvait faire plier le gouvernement, mais je ne l’ai personnellement pas connue.

Je suis donc allé place de la République à Paris, et ai rejoint le cortège, pour faire le fameux parcours « République – Bastille », à battre les mêmes pavés que tant d’autres avant nous, avec cette odeur de merguez grillée inhérente aux mouvements sociaux. Mais autour de moi, je ne ressentais aucune énergie. Les slogants étaient mollements répétés, ça traînait la patte, je ne voyais aucune puissance de ce rassemblement de milliers de personnes. J’avais plus l’impression de faire partie d’un cortège funèbre qu’autre chose…

Je suis revenu chez moi, et j’ai allumé la télé pour voir un peu quel était l’écho de cette manifestation dans les médias. Que ce soit CNEWS et BFM TV, pas un seul mot. Les sujets du jour, c’est l’indépendance de la Catalogne et le match France – Biélorussie.

Nous autres profs, nous ne sommes pas comme les routiers ou les taxis, on ne peut pas menacer de bloquer des axes routiers ou des aéroports, on ne peut pas faire des actions choc comme ça, qui font plier le gouvernement en moins de deux. Mais alors, que peut-on faire ?

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